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Despite being in his early 30s, Rad Hourani has the kind of wisdom and experience many could only dream of. Sensual and cerebral at the same time, the Canadian designer has used his talent and skills to carve an innovative niche for unisex garments, putting differences aside to focus on uncharted common ground. He was, in fact, the first unisex designer to be accepted by the very selective Chambre Syndicale de la Haute Couture in Paris, demonstrating his vision had been acknowledged by his peers. Still, it wouldn’t be fair to describe him only as a designer, since Hourani is also an artist, a photographer and a filmmaker. This fall, Montreal’s Arsenal will honor him with a first retrospective, a project he’s been actively working on and curating for the past year. Warm and spontaneous in the flesh, Hourani comes across as a gentle and peaceful soul, but his intelligence is as sharp as his clothes. Throughout his career, he has rejected boxes and categories, trusting his instincts to do what felt right. His beautifully tailored clothes, which look attractive on men and women, are a way to harmonize and unify bodies, envisaging contemporary aesthetics in a forward-thinking way. It’s ironic that so many fashion houses -from Gucci to Prada and beyond- are evoking gender bending this season, something Hourani has pushed and genuinely believed in for years. We caught up with him to discuss emancipation through art, the power of unity and why it’s always good to challenge one’s beliefs.







Your first contemporary art exhibiton is called “Neutrality”. Why did you choose this title ?


Neutrality is the essence of my work, whether it be clothing, art, film or photography. Neutrality for me is something that cannot be defined through gender, age or race. It’s a peaceful and limitless state.


Why do we need categories to function ?


When I first moved to Paris 10 years ago, I was still looking for what I wanted to focus on and started working as an art director. Before launching my own line, I did a lot of soul searching, examining my own roots and cultural makeup. As I had been exposed to so many cultural influences, it generated this confusion in me. I felt the need to avoid categorizations and underline unity, as well as what we all share as human beings. Limitations make no sense to me at all, whether they’re social, religious or sexual.


How did this approach translate into clothing ?


I studied anatomy for a year. Understanding the human body better was fundamental. I approach my craft as a technician, because our bodies are a universal reference.


How do you feel about fashion’s current love affair with androgyny and gender bending clothes ?


You wouldn’t believe how many interview requests I’ve been getting for the past few weeks… Everyone’s trying to do unisex clothes now, but most of these clothes are not truly unisex. It takes quite a lot of research to get to that point.






Maybe that’s the Caitlyn effect ?


(mutual laughter) I never worked against the body and want to amplify it. My clothes fit many different people and lifestyles. I’m not trying to make a man look like a woman or a woman look like a man. I don’t think people realize how long it takes to develop unisex patterns.


Is gender a travesty ?


I think we should be free of gender differentiation. We should also move away from sexual binaries, geographical divisions and nationality groups. I believe we can emancipate ourselves from anything that creates division between people. Education may help us get there. These are my values as a human being and they will be showcased within the retrospective I’m putting together at Arsenal in Montreal.


How did the exhibition come about ?


I photographed my Haute Couture collection there among the artworks of several contemporary artists and we discussed the idea of the exhibition at that time. I’m really excited about it, because it’s the most freeing project I’ve done in years. I want to do more art actually, because it allows me to go further and expand some of the ideas I’ve had for ages. It all happened organically, I guess.


Is this how you approach life ?


I practice yoga and once my teacher told me that it was better not to get something you craved if you were not completely ready for it.


Do you believe in fate ?


I do. I used to be very impatient, but now I approach life day by day and really do what I feel like doing. It’s quite magical how everything I have desired seems to happen eventually -consciously or subconsciously- and I just hope it can continue this way. Your intention is something people will read, whether you’re aware of it or not. When I first met Pierre Trahan -the owner of the Arsenal- he told me he had been wearing my clothes for years and he trusted me with this exhibition, even though nothing had even been discussed. Now that it’s become a reality, I’m surprised to see how much of it was already in me. Actually, I don’t think I’ve ever been so happy in my whole life.



Text by Philippe Pourhashemi  -  Photography by Sabrina Jolicoeur  -  Styling by Samuel Fournier  -  MUA by Ashley Diabo  -  Model Nova at Dulcedo models  -  VIA VEOIR MAGAZINE























Neutralité: ce qui se conçoit bien... s'expose clairement




L'exposition Neutralité de Rad Hourani a été conçue comme un voyage de sa naissance à aujourd'hui. Un parcours nourri des thèmes qui construisent sa pensée, tels l'identité, l'égalité, le genre ou la liberté. Cette évasion dans l'univers de Rad Hourani est présentée en anglais, car l'exposition partira l'an prochain en tournée dans le monde.


Neutralité débute par Open Doors, oeuvre simple à première vue, mais aussi dense quant à ses affirmations. Elle comprend trois portes blanches installées de façon ouverte et sans poignées contre un panneau blanc. Sur ces portes, Rad Hourani a écrit «All Genders», «All Skin Colors» et «All Social Classes». Des énoncés que Rad Hourani adopterait sans problème comme postulats. 


«On a souvent des portes dans notre propre histoire, dit-il. Les portes de genre, on peut les trouver dans les pays religieux où les femmes ne peuvent aller dans les mêmes endroits que les hommes. "All Skin Colors" réfère aux années 50 et à l'histoire de l'esclavage aux États-Unis, avec ce racisme qui m'a bouleversé.» 


Dans le cas d'«All Social Classes», Rad Hourani évoque les endroits où le public n'a pas accès, ce qui le révolte. 


«Dans mon domaine, je vois souvent ces espaces réservés aux VIP. De plus en plus, je ne veux plus me rendre à ces événements VIP. Ça ne devrait pas exister.» 


Après cette oeuvre en forme d'axiome, on entre dans un espace consacré à l'enfance de Rad Hourani. Un écran diffuse Origin, une vidéo d'images de vagues qui s'écroulent sur une plage. «L'eau, c'est là d'où l'on vient», dit Rad Hourani. 


Les couleurs de l'enfance


À côté, il a placé Ageless, huit tableaux peints à la spatule. Les couleurs pastel très pâles symbolisent la lumière, mais aussi l'enfance, illustrant combien l'être est condamné à «foncer», sa «couleur» adulte reflétant à la fois le vieillissement, une tendance à l'aigreur et le noir dessein qu'est son destin.


Dans un cadre posé sur un podium, Rad Hourani a disposé des boucles de ses cheveux. L'oeuvre, Reborn, évoque un tournant dans sa vie quand, en 2004, alors qu'il vivait à Paris, il a eu une révélation. 


«Je me suis réveillé un matin et je me suis dit: "Je ne veux pas être toute ma vie directeur artistique", ce que j'étais à l'époque. Je veux faire de la photo, de la vidéo, de l'art, du cinéma. Et c'est sorti tout d'un coup, comme une image très claire. C'est là que je me suis rasé la tête. J'ai gardé ces cheveux. Ce sont les cheveux de la renaissance.»


À côté du cadre, il a placé Anatomy, deux petites sculptures d'un homme et d'une femme, face à face. Leurs corps sont parcourus de points d'acupuncture. Une oeuvre sur l'égalité et la pureté physique. 


Dans l'espace d'exposition suivant, consacré à son entrée dans la société, Rad Hourani a accroché un cadre qui contient un des vêtements unisexes qu'il a créés pour sa première collection de haute couture, en 2013. Un costume noir doublé de satin, à la fois sobre et moderne, avec des bandes de rayures de soie cousues sur le tissu en crêpe de soie. Un vêtement caractéristique de son désir de faire disparaître les codes, pour laisser l'homme et la femme choisir leur propre mode de séduction. 


Les 16 commandements d'Hourani


Il expose aussi Commandements, un cadre dans lequel il a écrit ses 16 «commandements». Seize, à cause des 16 religions recensées, dit-il. Ses commandements évoquent une vie sans dieu, sans ignorance, sans peur, sans égoïsme, sans haine, sans avidité, sans mensonge, mais avec la paix, la liberté, la fraternité et une soif de connaissance. Un monde idéal, auquel aspire Rad Hourani.


C'est la raison pour laquelle il y a, tout près, le dessin d'une carte d'un monde idéal, sans aucune frontière entre les pays. Il a aussi créé Currency, une sculpture murale sur les fraudes liées aux taux de change ainsi qu'une autre sculpture, très simple, en aluminium laqué, intitulée Equal. Elle résume sa pensée sur l'égalité des êtres qu'il a illustrée, un peu plus loin, avec trois autres sculptures, Upper-Lower, Upper-Middle-Lower et Upper-Middle, qui représentent, schématisées, la richesse, la pauvreté et la classe moyenne. 


Autre ode à l'égalité, Rad Hourani a élaboré une impression photo à partir d'un cliché en noir et blanc d'une femme blanche et d'un homme noir qui se font face et dont on ne voit pas les têtes. Une photo magnifique, construite comme une abstraction et détruisant les codes sociaux.


Ne pas se limiter...


À côté, une oeuvre, Limitless, est constituée de cinq formes géométriques de couleurs fluo qui rappellent les panneaux du Code de la route. Une création sur l'attention qu'on porte aux choses et aux gens. 


«L'être humain a une énergie qui le connecte à tout ce qui l'entoure. On est beaucoup plus grands qu'une religion, qu'une race, qu'une nation, qu'un genre ou qu'un âge.» 


Limitless contredit les limitations inventées par la société qui, selon lui, peuvent avoir l'effet de brider la volonté humaine. Le côté libertaire de Rad Hourani.


L'impression au jet d'encre Mental se veut également un reflet de la construction de notre esprit pendant notre vie. L'artiste a dessiné 13 rectangles. Le premier est blanc immaculé quand l'esprit est en cours d'édification. D'un rectangle à l'autre, Rad Hourani a densifié l'espace jusqu'au dernier rectangle, tout noir. Il n'y a plus d'espace libre... comme parfois dans un ordinateur.


Sur des panneaux, Rad Hourani a placé Raceless, cinq écrans vidéo qui projettent des images sur les nuances de couleur de chair des êtres humains quand on se base sur nos cinq sens, soit en comparant les yeux, les lèvres, les oreilles, la peau et le nez. En rappel, au centre de cet espace, il a rassemblé des pénis et des vagins en PVC qui évoquent que la couleur de la peau et l'orientation sexuelle sont des notions bien superficielles.


Dans le dernier espace sur le thème de la nation, huit tableaux intitulés Nationless représentent les huit couleurs qu'on trouve le plus fréquemment dans les drapeaux des pays. Rad Hourani a disposé à côté Self Construction, trois trophées de couleurs or, argent et bonze qui représentent la construction de l'estime de soi. Ces trophées sont de grandes vis utilisées dans le bâtiment pour consolider une construction...


La visite s'achève avec la sérigraphie d'un manifeste, une déclaration de l'artiste couturier sur la portée universelle de sa création. Et sur sa volonté d'encourager les autres à se distinguer, «à créer leur propre monde». Hors des modes.


Rad Hourani a imprimé ce manifeste sur des vêtements unisexes qu'il expose sur 14 mannequins, en marge de l'exposition. Un espace-boutique et une salle d'essayage permettent aux visiteurs et aux visiteuses de découvrir la singulière signature de son style qu'il veut, justement «hors des modes». 


La singularité et la simplicité sont aussi le sceau de cette exposition conceptuelle soignée, aérée et d'une neutralité qu'on peut qualifier de nourrissante. Si Boileau disait que ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, cette formule s'applique à merveille à Rad Hourani. Quant aux mots, c'est à vous de juger...